Accueil » Non classé » Addictologie : qu’est-ce que c’est ?

Addictologie : qu’est-ce que c’est ?

Les notions d’addiction, de dépendance et de toxicomanie sont parfois confuses dans l’esprit des uns et des autres, pourtant l’addiction revêt une définition précise. L’addiction est une conduite qui repose sur une envie répétée et irrépressible d’un comportement ou d’un produit, et sa poursuite en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour s’y soustraire.

Le terme d’addiction est ancien puisque ses racines remontent à l’époque romaine où le mot addictus désignait celui qui du fait de ses dettes était condamné à être esclave de ses créanciers. Un terme qui évoluera avec le temps puisqu’on le retrouvera en France au Moyen Age avec l’addicté qui était condamné à payer ses dettes à son créancier par le travail ; puis en Angleterre au XIV siècle où addiction désignait la relation contractuelle de soumission d’un apprenti à son maître. Par extension, addiction désignera des passions moralement répréhensibles pour enfin désigner (en langage populaire) toutes les passions dévorantes et toutes les dépendances dans le sens d’être « accro » à quelque chose. Au XIX siècle, les psychiatres anglais s’empareront du concept pour y glisser pêle-mêle les dépendances et les toxicomanies, gardant le terme alcoholism pour les « alcooliques ».

Pourtant, cette histoire (de l’addictus à l’addiction) constitue, par sa richesse métaphorique, un apport fondamental pour la compréhension du fonctionnement du psychisme des patients et pour la nosographie médicale qui regroupe désormais des comportements en apparence disparates. L’addiction traduit le mouvement d’un sujet vers une substance (alcool, tabac, drogues…) ou vers un comportement (jeu pathologique, achats compulsifs, nourriture, sexe, internet…), sous-tendu par une perte de contrôle entraînant une répétition de ce comportement malgré la connaissance des conséquences négatives qu’elles soient physiques, psychiques, familiales, professionnelles, sociales … Ainsi, on voit bien que l’étude des conduites addictives ne peut se limiter à une simpliste approche par produit, ni à une dichotomie artificielle entre usage, abus et dépendance, ni même comme le propose le DSM-5 à un continuum de l’addiction n’ayant finalement que des degrés de gravité divers.

La question du concept unique de l’addiction est celle de la perte de la liberté de s’abstenir d’un comportement : la maladie du contrôle. De l’addictus (juridiquement contraint par corps) à l’addiction (le corps envahi par le manque exige son dû), le concept unique de l’addiction met l’accent sur la perte de liberté face à la répétition du comportement, sur la contrainte et la lutte compulsive, sur le don de soi : ad dicere (être dit à, être adjugé à, être donné à), cette expression désignant les esclaves qui n’avaient pas de nom propre. Pour suite de la dette non payée (la culpabilité), vient le prix à payer (la contrainte par corps) que constituent les conséquences somatiques, psychiques, familiales, professionnelles, sociales et pour finir vient le renoncement à son identité de sujet : devenu objet (alcoolique, toxicomane, anorexique) l’addict est à la merci du comportement qui désormais commande.

Un concept global qui donc ne se limite pas à la seule dépendance mais à tous les comportements permanents ou transitoires (binge par ex) dans lesquels le sujet devient objet et perd le contrôle sous l’œil réprobateur de celles et ceux qui savent contrôler et le jugent. L’addictologie, science des addictions, ne se réduit pas qu’aux causes, conséquences, tableaux cliniques et traitements … elle s’intéresse également à la prévention, au repérage des consommations à risque, au premier contact avec la drogue, aux vulnérabilités psychologiques et génétiques, aux aspects neurobiologiques mais aussi à la réinsertion, la réhabilitation et à la santé publique.

Pr Olivier COTTENCIN

PU-PH de Psychiatrie & d’Addictologie

Université de Lille – CHU de Lille