24 mai 2018
Accueil » Non classé » « Les étudiants de santé seront-ils suffisamment armés en 3 mois pour devenir les nouveaux ambassadeurs de la prévention ? » Entre enjeux et vigilance

« Les étudiants de santé seront-ils suffisamment armés en 3 mois pour devenir les nouveaux ambassadeurs de la prévention ? » Entre enjeux et vigilance

Nous l’avons tous compris, la prévention est l’un des piliers de la stratégie nationale de santé face aux « coûts sociaux considérables » du tabac (26,6 milliards), de l’obésité (20,4 milliards d’euros) ou de l’alcool (15 milliards). En parallèle, s’appuyant sur les conclusions du rapport du professeur Loïc Vaillant, Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé et Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, ont annoncé le 26 février à Angers la mise en place d’un service sanitaire obligatoire de trois mois pour tous les étudiants faisant des études de santé.

Mais l’on sait aussi que le changement vers l’adoption de comportements favorables à sa santé met du temps et passe par plusieurs étapes ( de la réflexion  à l’action en passant par des phases de préparation pour soi et pour les autres, de rechute, d’expériences …).

Les préventologues que nous sommes le savons très bien, une information éclairée et juste scientifiquement, isolée du contexte et rapidement transmise sans accompagnement n’est pas un relais efficace de prévention et ne provoque pas de modification.

J’attire l’attention sur le bien fondé de ce nouveau dispositif et je note trois points de vigilance à prendre en considération pour sa  pleine réussite :

  • Il ne doit pas être bâclé et déployé au rabais, il doit être concerté et inscrit dans le cursus et non comme le prolongement des études ;
  • Il ne doit surtout pas se substituer aux actions de préventions existantes mais bien les compléter voire même il est primordial de demander aux acteurs de prévention locaux de participer activement à la formation des étudiants en santé ;
  • Il ne doit pas avoir vocation à pallier les déficits de soins dans les déserts médicaux.

Qu’est-ce que le service sanitaire obligatoire ?

Le service sanitaire vise à initier tous les futurs professionnels de santé aux enjeux de la prévention primaire et à permettre la réalisation d’actions concrètes de prévention primaire par les étudiants en santé (promotion de l’activité physique, information sur la contraception, lutte contre les addictions – tabac, alcool, drogues, etc.). Il ne s’agit cependant pas d’activités de soins. Les étudiants interviendront sur des thèmes prioritaires de la santé publique. Le service sanitaire pourra être un outil de lutte contre les inégalités territoriales et sociales en santé.

Dès le mois de mars, des expérimentations seront lancées dans des « territoires précurseurs »: Angers, Clermont-Ferrand, Caen et Dunkerque.

Le dispositif en pratique

Le service sanitaire va être mis en oeuvre dès la rentrée 2018 pour les 47 000 étudiants des filières médecine, dentaire, pharmacie, soins infirmiers et kiné. Les autres formations paramédicales entreront dans le dispositif en 2019. En 2018-2019, les étudiants en service sanitaire interviendront sur quatre thèmes en priorité : la nutrition, les bienfaits de l’exercice physique, les addictions et les conduites sexuelles.

La durée du service sera variable selon qu’il est effectué à temps plein ou à temps partiel sans rallonger la durée de leur cursus. En médecine, le service sanitaire sera proposé en troisième année, pour les étudiants infirmiers en deuxième ou troisième année, en pharmacie, en quatrième année. Chaque président d’université sera libre de mener à bien ce dispositif.

Les étudiants pourront être affectés dans des établissements scolaires, des entreprises, des établissements pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), lieux de privation de liberté, etc. Ils interviendront, en priorité, auprès des publics les plus fragiles dans les zones d’éducation prioritaire ou les zones rurales.

Marie-Ange TESTELIN, directrice de HAUTS-DE-FRANCE ADDICTIONS

 

Pour en savoir plus

Le service sanitaire. Les formations en santé au service de la prévention, Dossier, Ministère des solidarités et de la santé, 26 février 2018

Mise en oeuvre du service sanitaire pour les étudiants en santé – rapport de Loïc Vaillant, Bibliothèque des rapports publics

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*