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Réduire les inégalités sociales face au tabagisme

 

Alors que les ventes de tabac du dernier trimestre 2017 sont à la baisse, – 1,4% par rapport à 2016 à la même période, (Tableau de bord Décembre 2017 réalisé par l’OFDT qui vient de paraître https://www.ofdt.fr/ofdt/fr/tt171225.pdf), l’opération #MoisSansTabac marque, sans aucun doute, une efficacité dans les arrêts du tabac en cette fin d’année 2017.

Et pourtant, il est important de rappeler qu’en France les inégalités sociales se creusent face aux risques du tabagisme. Aux rencontres de Santé Publique les 30 et 31 Mai dernier, l’Agence Santé Publique France a rappelé que le tabagisme apparaissait socialement différencié, constituant un des maillons de la chaîne des causes responsables des inégalités sociales de santé.

« La prévalence de la consommation de tabac augmente parmi les plus défavorisés, mais elle diminue parmi les personnes ayant des hauts niveaux de diplôme et de revenus » (Baromètre santé 2016, Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), Santé publique France, n°12 – 30 mai 2017).

Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. Les chercheurs mettent en avant notamment «l’utilisation de la cigarette pour gérer le stress», «la difficulté à se projeter dans l’avenir», mais aussi «la méfiance à l’égard des messages de prévention», «le déni du risque», «une dépendance nicotinique plus importante», voire «une norme sociale en faveur du tabagisme». Le plus déroutant est de noter que «le processus d’arrêt du tabac est différencié selon la situation socio-économique : les fumeurs des catégories sociales moins favorisées sont aussi nombreux que les autres à vouloir et à tenter d’arrêter de fumer, mais ils y arrivent moins souvent».

Au final, sur la période 2010-2016, la prévalence du tabagisme quotidien a augmenté «de 35,2% à 37,5% parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus basse (1er tercile), alors qu’elle a diminué de 23,5 à 20,9% parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus haute (3ème tercile)» (Baromètre santé 2016, Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), Santé publique France, n°12 – 30 mai 2017).

Il convient, en tant que professionnels de santé, de s’interroger sur ces spécificités de consommation, de représentation et de dépendance. Il apparait, au vu de ces données, comme essentiel de prendre en compte ces aspects socio-économiques afin de proposer des prises en charge adaptées et répondant au plus près aux préoccupations des patients. Les messages de communication visant la promotion à la santé doivent donc être différenciés dans l’optique d’une appropriation par ce public, particulièrement difficile à sensibiliser. Enfin, les différences de consommation et de représentations sociales liées à ces consommations doivent être considérées lors de l’élaboration et de la diffusion de supports de communication visant à l’arrêt du tabac ou à la réduction des risques.

Réduire les inégalités sociales face au tabagisme est un enjeu de santé publique car cela impacte directement l’état de santé de l’ensemble de la population. Nous vous invitons à écouter en replay, la session d’une heure lors des rencontres de Santé Publique France qui y était consacrée : http://www.rencontressantepubliquefrance.fr/sessions/tabagisme/